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Les Porteurs

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Résumé :

Après une catastrophe planétaire, les femmes ne mettent plus naissance qu’à des bébés hermaphrodites. Maintenant, c’est un fait acquis et Flo doit décider de son sexe. Iel a seize ans et va devoir s’orienter. Gaëlle a choisi de devenir une femme et Matt sait qu’il sera un homme, néanmoins, Matt se révèle Porteurs.

Avis :

Que ce soit clair, je ne crois pas avoir éprouvé pour les Porteurs le coup de cœur absolu que semblaient me prédire plusieurs libraires. Ce n’est pas pour autant que je n’ai pas aimé, je me suis au contraire laissée porter par ce que racontait Matt, mais sans identification ou totale empathie. Cela pour, je crois, plusieurs raisons assez subjectives.

La narration, déjà. Beaucoup de dialogues sont rapportés (dans un soucis de concision, je dirais) et pour moi ça casse le naturel et l’attachement que j’aurais dû ressentir pour cette bande d’ados. Ca manquait de quotidien, de banalités. Au final, les conversations importantes comme ordinaires se trouvent parfois tronquées, ce qui est dommage je pense. On garde du coup un certain recul vis-à-vis de Matt et ce qu’iel vit.

Cela n’empêchait pas certains passages de parfaitement fonctionner. Cette distance conférant un petit effet de surprise appréciable. Il y avait une simplicité dans la relation des protagonistes qui m’a beaucoup plut.

Le fil rouge a beau être clair, on passe surtout beaucoup de temps à suivre les ruminations de Matt (ça aurait pu ne pas me déranger, mais la distance que j’ai éprouvé pour iel faisait pencher mon sentiment dans sa défaveur sur ce coup). Les chapitres de Matt sont alternés avec des chapitres sur les personnages secondaires… et j’aurais aimé passer plus de temps avec certains (alors que je me demande encore un peu pourquoi on a eu le point de vue d’un autre… hmm).

Matt, enfin, avec qui je ne me suis pas trouvée d’atomes crochus. Iel porte un regard parfois binaire qui a pu me gêner.

En fait, globalement, il ne faut pas attaquer ce livre en croyant (comme moi) que la société de cet univers post-apo s’est reconstruite avec une ablation des clichés. Ils sont encore très présents, mais ne se réveillent qu’après la Seza des personnages et leur choix de sexuation. Une nouvelle femme ira s’acheter une robe de baptême et sera encore considérée comme délicate, fragile, sensible, soucieuse de son apparence… Les hommes seront plus forts et déterminés. Je pense que le récit n’est pas très clair sur sa prise de position : doit-on exposer que les clichés sont encore très vivaces pour les déconstruire ensuite ; ou les contredire à chaque fois pour apprendre au lecteur qu’une femme peut être forte et un homme sensible ? A ce niveau-là, c’était confus.

Du coup, certains sujets à la fin sont abordés de façon assez maladroite.

Je suis aussi un peu gênée par l’attribution du masculin comme neutre. Les pré-Seza (hermaphrodites, donc) ne se considèrent ni femme, ni homme… ce sont pourtant tous des « ils ».

Néanmoins, le récit pousse à s’interroger et il est très intéressant de le lire (je pense qu’il gagnerait à se glisser dans les mains d’adolescents, clairement). Il y est question de se sentir bien dans sa peau et dans son genre, de prendre conscience que le sexe n’influe pas un caractère, que l’amour s’affranchit du genre… Il me semble en tout cas qu’il y a eu désir de transmettre ces messages, et c’est important. On ne le répétera jamais assez.

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Vous prendrez bien un peu d’Opium ?

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Histoire :

El Patron dirige Opium, une contrée entre le Mexique et les Etats-Unis qui cultive le pavot et gère les traffics de drogue. El Patron voudrait 9 vies, comme les chats, et mourir dans la splendeur des anciens pharaons.

C’est dans cet univers que grandi Matt, son clone. Habituellement, les clones se voient privés de toute intelligence à la naissance, mais pas lui.

 

Avis :

(La première fois, Firefox a bugué et m’a perdu mon article… On va espérer que ça ne recommence pas, hein.)

J’ai essayé de faire un résumé concis et vous encouragerait volontier à ne pas lire celui du roman. On y donne un détail que j’aurais aimé découvrir seule (parce que si on peut éventuellement le deviner, il n’est évoqué qu’assez tard dans le livre).

Ca me permet d’aborder le premier point : le rythme. Les chapitres sont courts, orientent résolument l’action et les conversations vers la fin du livre, on ne se perd pas en élucubrations quelconques… Mais l’auteur a tout de même sû prendre son temps et j’admire toujours ça ! Le domaine de la famille Alacran (qui veut dire scorpion) n’aura plus de secret pour vous comme il n’en a plus pour Matt. De la même façon, on voit Matt passer par tous les stades de l’enfance, et son évolution (mentale et physique) sont bien traitées.

Plusieurs personnages l’entourent, certains plus développés que d’autres pour la simple raison que Matt n’est pas aimé et que beaucoup l’évitent. Les clones ne sont pas désirés dans ce monde, et ça me fait sauter au deuxième point : la violence. Ce livre est dur par pleins d’aspects. Il y a le rejet psychologique de Matt, mais aussi physique. Là où c’est bien écrit, c’est qu’on souffre avec lui, mais que le récit ne plonge pas dans la pathos totale ou la violence pour la violence. On ne cache rien, mais on écrit assez bien pour que cela continue de s’adresser à un « jeune » public (à partir de 13 ans je dirais).

La suite est sortie il y a peu, je vais donc devoir l’ajouter à ma longue liste de séries à poursuivre cette année !

 

Au cas où vous vous poseriez la question : non, les trèfles à quatre feuilles trafiqués à la colle, ça ne marche pas.

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Histoire :

Jude et Noah sont jumeaux. Elle est sociale et radieuse, il est observateur et timide. Elle se dispute de plus en plus avec leur mère, il tombe amoureux de leur nouveau voisin. Ils partagent un amour pour la création – sculpture et dessin – et visent l’école d’art de leur ville.

 

Avis :

Écrire ce résumé a été une vraie plaie car je ne voulais pas trop en dire. L’histoire est partagée entre deux timeline ; l’été de leurs 13 ans avec la voix de Noah et leurs 16 ans du côté de Jude. Le soleil est pour toi parle de famille et d’amour, parle de la vie et du nombre de fois où on se casse la figure.

Le tout est raconté avec une grande sensibilité et de belles images. L’esprit de Noah est un véritable musée, à travers ses yeux les scènes se peignent et s’ornent de nouvelles couleurs, d’une seconde lumière ; Jude fait preuve de sarcasmes et d’une colère rentrée extrêmement touchante. Les deux, incontestablement, se complètent.

La lecture est porteuse d’espoir malgré tout ce qui peut s’y passer et fait du bien. Je ne dirais pas que tout le monde s’y retrouverait, mais les situations de Noah et/ou de Jude ont de quoi réveiller les souvenirs. Premiers émois, perte de courage, chagrins, inquiétudes pour ceux qu’on aime… l’une des situations fera forcément écho.

Sans en faire un récit fantastique, on le sent planer au-dessus des personnages, comme près à les récupérer au besoin. Ça rend l’ensemble intrigant et poétique. Ça adoucit peut-être l’aspect réaliste, mais nous rappelle en même temps qu’il ne tient qu’à nous d’ajouter une goutte d’improbable dans notre univers cartésien. Le monde est libre d’interprétation, et ça peut être très doux.

To be continued…

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Aujourd’hui, petit combo pour présenter deux suites, de deux livres différents.

Histoire :

L’hiver a couvert de blanc le Royaume de Brocéliande. Les habitants de la contrée de la Sylphe trouvent de la chaleur dans les tavernes et se livrent à leur activité favorite : le colportage de ragots.

C’est que le calme aura peu duré, à Brocéliande. Parce que la stabilité du royaume s’effrite, la reine Anne prend les devants et sollicite les services de la sorcière d’Eria… à ses risques et périls.

Erwan Segame, lui, tourne son regard vers l’ouest. Il espère y trouver Luan Erno, saine et sauve. Des bras plus dangereux que ceux de l’Albane pourraient pourtant bien l’accueillir sur la Baie des Naufrages.

 

Et donc cette suite :

Pour moi qui ai beaucoup apprécié le tome 1 (avec son folklore que je connais trop peu, sa galerie de personnages, ses intrigues croisées) la suite aura été plaisante à lire. J’ai pas mal regretté que certains personnages disparaissent quasi totalement. D’une manière générale j’ai eu l’impression qu’on me racontait les actions sans me les faire vivre, certaines réflexions arrivaient un peu tard ou étaient oubliées sans raison.

On sent néanmoins à quel point l’auteure se fait plaisir avec les traditions exploitées, et c’est pour moi le gros point fort de cette trilogie. Je guetterai le tome 3, pour avoir le fin mot de l’histoire d’Erwan, qui prend un tournant inattendu :)

(Je tire aussi mon chapeau pour ce résumé, je le trouve très joliment écrit, rappelle les données du tome 1 sans rien spoiler)

 

 

Je préfère ne pas glisser de résumé pour celui-ci, cela spoilerait allègrement les évènements des deux premiers tomes, ce qui serait fort dommage.

Le voyage de chacun se poursuit, toujours avec cette langueur particulière que j’aime dans cette histoire. On ne nous épargnera aucune étape, aucune rencontre, aucune réflexion… et ça me plaît. C’est bien fait, on ne s’ennuie pas des personnages, bien au contraire !

C’était vraiment ma jolie découverte de l’année, ça <3

« Papa dit que les gens qui vont mal, ils t’apprennent pleins de choses sur toi »

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Histoire :

Quand on s’appelle Sauveur Saint-Yves, devenir psy est presque une évidence. Dans son cabinet, Sauveur s’occupe de Margaux qui se scarifie, d’Ella qui fait de la phobie scolaire, de Cyrille qui se fait encore pipi dessus à neuf ans, de Gabin l’ado mal dans sa peau, des filles Augagneurs qui ne supportent pas que leur mère se soit remise en couple avec une femme…

Et quand il ne fait pas le psy, Sauveur est le papa de Lazare, et il se rend compte qu’il est parfois plus simple de s’occuper des problèmes des autres.

 

Avis :

Au premier abord, le sujet pourrait rebuter. L’histoire d’un psy et de ses patients, ça va forcément glisser dans le pathos… Eh bien, en réalité, ce premier tome fait du bien. Il colle la banane toutes les deux pages parce que malgré tout ce qui se passe et se raconte, il y a un fond très optimiste.

Marie-Aude Murail a un don pour les dialogues. Un don pour se glisser dans la peau d’un enfant, d’un ado, d’un adulte, d’une femme ou d’un homme et le/la faire vivre. J’en suis toujours béate d’admiration. Les personnages parlent avec un tel naturel qu’ils en deviennent palpable à la première description.

Mais Sauveur&Fils ce n’est pas juste les consultations, c’est aussi la vie quotidienne. La routine de Lazare, le fils, qui va à l’école et discute avec son seul mais meilleur copain, Paul. C’est la maman de Paul qui aimerait ne plus penser à son ex-mari, c’est Gabin qui cherche de l’attention avec le dédain adolescent.

Sauveur&Fils m’est apparu comme une succession de portraits plus touchants les uns que les autres (combien de fois j’ai eu le cœur serré ?), tous liés par un fil conducteur emmêlé dans le cœur de Sauveur. Ne dit-on pas que les médecins sont les plus mal soignés ?

Je le recommande chaudement pour quitter son quotidien, ou pour se rappeler qu’il est toujours possible d’aller bien, tout simplement.

« Du nerf, Will Henry ! »

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Histoire :

Après la mort de ses parents, Will Henry est recueilli par leur employeur : Pellinore Warthrop. Homme sec et autoritaire, le docteur Warthrop est un monstrologue reconnu.

C’est chez lui que se présente, une nuit, un pilleur de tombes.

 

Avis :

Je suis sûre que j’en avais fait un article quand j’avais lu la version anglaise (qui a mis tellement longtemps à être traduite !) mais j’en refais un parce que ça vaut vraiment le coup de plonger dans cette lecture !

Rick Yancey, c’est l’homme derrière La 5éme Vague. Un livre avec pas mal de défauts mais une ambiance prenante ; on y voyait déjà sa capacité à lâcher ses personnages en cours de route. Avec lui il ne semble pas réellement y avoir de héros, c’est ce qui m’avait plu avec la 5éme Vague.

Là, c’est le niveau au-dessus ! Question rythme, écriture, ambiance, dialogues, personnages… Je ne vois rien à redire à ce tome 1. Will Henry, du haut de ses 12 ans, ne doit son courage qu’à son désir de reconnaissance. Le docteur est tour à tour passionnant et détestable… Ce qui est génial pour un personnage principal.

Leur tandem est une réussite. A travers eux s’affichent d’autres personnages attachant ou effrayant dont je préfère ne rien dire.

Mais que serait une histoire de monstres sans les monstres en question ? Vampire ? Loups-garous ? Non, pas pour ce premier tome en tout cas, ce qui fait vraiment plaisir. Ces monstres sont nommés dès la première page mais je veux bien garder la surprise. Sachez seulement qu’ils sont assez efficaces et remplissent bien leur rôle.

Le Monstrologue est un roman d’horreur, assurément. Assez bien écrit et entraînant pour être conseillé aux adultes, suffisamment bien desservi par les dires d’un jeune héros pour être proposé aux moins adultes (bon… des ados pas trop sensibles quand même, hein ? Moi j’étais dans la catégorie poule-mouillée, alors je ne l’aurais peut-être pas apprécié à sa juste valeur)

Le ton général est sombre et froid. Nous qui nous habituons à des lectures parsemés de moments heureux pour que le héros (et nous) prenions une inspiration bien méritée… N’y pensez pas ici. Will Henry et le docteur semblent condamnés à descendre toujours plus bas dans l’horreur humaine et monstrueuse.

Féo aurait aimé pouvoir lui expliquer que la beauté du monde est en elle-même une sorte de compagnie

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Histoire :

Féo habite avec sa mère, au milieu des bois, là où la neige peut lui parler et où hurlent les loups. Elles sont maître-loup, leur travail consiste à rendre sauvages des bêtes élevées dans des salons mondains pour amuser la galerie.

Mais quand le terrible général Rakov vient les menacer toutes deux, ainsi que les loups qu’elles ont sauvés, leur monde change brutalement.

Avis :

Le livre est BEAU. Si le thème me plaisait beaucoup, ce qui m’a décidé à l’acheter immédiatement et pas plus tard c’est le soin apporté à la couverture (si belle, si douce, sans surajout de paillettes sur le titre), mais aussi à l’intérieur du livre. Chaque chapitre est orné d’une illustrations, et d’autres pavent le récit (quand ce n’est pas des dessins de jolis flocons ou de sapins en bas des pages <3)

Mais ç’aurait été tout naze si l’histoire ne suivait pas, hein ? Eh bien l’histoire suit. Elle a l’allure d’un conte, clairement, mais les rapports entre les personnages et le temps consacré à l’histoire de chacun offre davantage de profondeur. C’est un très joli mélange bercé par le hurlement des loups.

Féo est une gamine sauvage et sûre d’elle qui m’aurait fasciné étant gamine. Je suis sûre que j’aurais joué à être elle, à braver le froid et la peur au nom de mes convictions. C’est le genre de jeune héroïne qui font voyager. Elle est en plus accompagnée de ses loups, quoi de mieux pour rêver ?

Le récit parle et dénonce l’oppression, les meurtres, le désir d’impressionner autrui en arrachant des animaux sauvages à leur monde. Féo n’a pas la langue dans sa poche et entraîne pleins de monde derrière elle.

Une belle histoire, à lire sous la couette pour se protéger du froid.