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 » La force n’est pas tout, et tu es rapide et agile. Un défaut cache souvent une qualité. »

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(Cet article est publié en parallèle sur le journal de la Plume d’Argent, dans le cadre du thème « le couple »)

Histoire :

Depuis toujours, Claris et Jad, qui sont jumeaux, peuvent communiquer dans l’esprit l’un de l’autre. Ils vivent à Salicande, une vallée isolée ou la vie semble paisible. Pourtant, quelques années plus tôt, la mère des jumeaux a disparu de façon mystérieuse ; Blaise, le précepteur, sent que la forêt s’agite étrangement et les migraines de Jad gagnent en intensité.

 

Avis :

  • Qu’est-ce que tu as contre l’amour ?

Claris s’arrêta net, exaspérée.

  • Mais on s’en fout de l’amour ! Le problème, c’est que les choses vraiment intéressantes, comme les dragons, les quêtes, les épées, les batailles, les stratagèmes, tout ça, ce n’est jamais pour les filles.

C’est par le plus pur des hasards que je me suis lancée dans les Éveilleurs. Le résumé parlait de jumeaux aptes à communiquer télépathiquement l’un avec l’autre… Quel meilleur lancement pour parler de couples, de pairs ?

Clairement, oui, l’univers des Éveilleurs repose sur des liens extrêmement forts tissés entre chaque personnages (et il y en a !). Claris et Jad, d’abord, qui lancent l’histoire ; Claris et Jad, les jumeaux complémentaires. Handicapé par sa maladie de cœur, Jad a grandi dans le calme ; expert en méditation, garçon patient et attentif, il aime s’occuper de ses bonsaïs et lutte contre son mal en pratiquant L’Unir, une méthode de relaxation de leur monde. Puisque son frère ne pouvait plus faire de cheval ou pratiquer l’escrime, c’est Claris qui s’y est jetée corps et âme, ne cessant de courir que pour dévorer des romans, perchée sur une petite corniche.

Aussi blond que l’autre est brune, leur relation est à mi-chemin entre l’ordinaire et l’extraordinaire. Le mystère qui les entoure est esquissé par touches ; si les capacités de Jad deviennent vite évidentes, celles de Claris demeurent plus nébuleuses. Sont alors abordés des sujets plus communs – le passage à l’âge adulte, le dépassement de soi, la peur d’être laissé derrière – avec une grande délicatesse et justesse, les peurs d’un jumeaux toujours soutenues par l’autre.

Jad s’en voulut de sa véhémence. On n’obtenait jamais rien de Claris en la prenant de front ou en la contraignant. Elle se braquait […] Contrairement à lui, il ne suffisait pas de la raisonner pour la convaincre. […] De surcroît, procéder autrement aurait été stupide, car quiconque avait vu Claris agir avec passion, avait vu ses yeux étinceler et entendu son rire, n’avait qu’une hâte : se faire éclabousser de nouveau par cet enthousiasme.

Plus on avance, plus les pairs se multiplient. L’auteur prend son temps, les développe, passe d’un point de vue à un autre sans que cela choque. Ainsi les parents des jumeaux sont régulièrement évoqués, mais nous passons aussi beaucoup de temps avec Blaise, personnage fantasque à la longévité incroyable. L’amitié de Blaise et Eben – le Duc de Salicande, père de Claris et Jad – est aussi prenante qu’agréable. Tout comme le couple Borges, qui apparaît peu après, on réalise qu’il est parfaitement possible de lire un livre jeunesse en accordant la moitié de son temps aux adultes.

Je pourrais aussi m’attarder sur les filles Borges, sur Ugh, sur Chandra, sur Blanc-Faucon… mais passons à un autre point.

Le monde à lui seul vaut un petit détour. Salicande est une vallée isolée de tout, dominée par un phare rempli de livres et le château. On nous parle de Syzifs, d’arbres-églises, de chococaf, de dulcepiels… Tout semble être une plongée dans un monde étrange et très vert, un lieu agréablement Moyenâgeux où on imagine déjà des combats à l’épée et des cérémonies au goût d’ancienneté. Sauf qu’on évoque aussi Harry Potter et Star Wars, et on doit accepter que Salicande est une vision d’avenir.

Pas si lointaine d’ailleurs. Les Éveilleurs se passe peu de temps après l’effondrement de notre monde, nous en sommes aux balbutiements de la reconstruction.

Le tome 1, plus qu’une aventure, est un voyage. Un voyage aux côtés de Claris qui n’accepte pas le changement et de Jad qui s’émancipe. Il est difficile de résumer autrement qu’ainsi, et c’est ce qui a fait, pour moi, l’originalité de la lecture. L’auteur prend son temps, vraiment beaucoup de temps (le tome 2 m’a donné l’impression d’une vaste réflexion sur un tome entier avec, en parallèle, la découverte d’un nouveau lieu) mais c’est très intéressant et très bien fait. La plume de Pauline Alphen est d’une fluidité et une légèreté à faire pâlir de jalousie. On enchaîne les pages comme un rien, profitons d’une longue promenade à Salicande, Vieil-Ambre, jusque dans les montagnes, le tout ponctué d’informations sur la catastrophe du passé.

Le tout arrosé de réflexions sur la nature, sur le vivre-ensemble, sur les différences filles-garçons, sur le deuil, sur l’amour, sur le vivre-ensemble… Une belle découverte.

  • Bouger ? Nous l’avons fait, ne t’en souviens-tu pas ? Nous nous sommes levés et nous avons marchés sur Saroumane pour aider les hommes à vaincre le Mordor. Cela nous a-t-il valu plus de considération ? Non. Nous sommes retournés à la forêt et, aux yeux des hommes, nous sommes redevenus des arbres « plantés là ».

« De nombreuses fois, nous avons essayé d’établir avec vous un vrai contact. Oh, nous avons eu de grands et merveilleux émissaires : Tolkien, Lewis Caroll, Stevenson, Crowley, Spielberg, Lucas, Fakhouri, Fontenelle, Fetjane, Barker, Swift, Cameron, Mary Poppins, les frères Wachowski, Kuschner, Balthazar Sot, Mine Dancre, Sérélène ![…] »

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« J’ai inscrit nos prénoms dans le sable »

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Histoire :

C’est l’histoire de la famille Sinclair ; la grande, belle et riche famille Sinclair qui possède Beechwood, une île paradisiaque.

Pour Cadence, Johnny, Gat et Mirren, c’est une île hors du temps. Tous les étés ils s’y retrouvent et refondent leur groupe, les Menteurs.

C’est leur histoire, mais aussi celle d’Harris Sinclair et de ses trois filles.

Chez les Sinclair il n’y a pas de drogués, pas de laideur, pas de pauvreté ; juste des menteurs.

Avis :

« Qu’importe si l’un d’entre nous est terriblement, désespérément amoureux.

Amoureux

au point

que des mesures tout aussi désespérées

s’imposent.

Nous sommes les Sinclair. »

Il faudrait vraiment que je me prépare une PAL annexe, une dans laquelle il n’y aurait QUE des trucs drôles pour me remettre de ce genre de lecture.

Nous les menteurs est un déchirement à de multiples points de vue, mais c’est surtout une lecture puissante.

Difficile, après quelques chapitres, de trouver les véritables protagonistes. À travers le groupe uni des Menteurs, c’est toute la famille qui est dépeinte, adorée, détestée, mise à nue. Le regard de Cadence, de plus en plus froid, est perturbant : doit-on la croire ? La traiter de vilaine ado ? Doit-on plaindre cette grande famille ou les envier ?

C’est cette oscillation constante qui en fait une lecture si forte (ça et le nœud de l’intrigue, bien sûr, mais je vais y revenir). Plus les chapitres s’enfilent, plus on a l’impression de creuser dans un marasme sans possibilité de marche-arrière. Il est à la fois impossible de se comparer à la famille Sinclair (enfin, personnellement, ma famille ne possède aucune île privée, domestiques et dépendances, hein) et à la fois impossible de ne pas s’y voir. Au moins un peu. Parce qu’avant d’incarner une famille riche, belle et respectable… ils sont une famille avec des morts dans le placard (l’expression, n’est-ce pas ; je ne dis pas qu’on a tous des cadavres sous nos éviers)

 » -Je me demande comment il est possible d’affirmer que votre grand-père possède cette île. Pas au sens légal, mais concrètement.

 -Pitié, ne recommence pas avec la cruauté des premiers colons, a gémi Johnny. »

En ce qui concerne le nœud de l’histoire, la vérité que Cadence apprend petit à petit, je l’ai deviné assez vite. Dur de dire si c’était voulu par l’auteur (je le pense quand même) ou si c’est à force de lire et d’écrire ; le fait est que ce n’est pas un problème du tout. Et c’est ce qui m’a le plus accroché. Tu as beau sentir la vérité gonfler sous tes yeux, prendre la place, menacer de te bouffer… tu ne peux pas t’empêcher de lire. Parce que c’est beau, c’est triste, ça fait mal… ça fait aussi du bien.

Une lecture coup de poing qui te laisse en miette, mais avec un souvenir impérissable.

Encore merci pour le cadeau, Ery <3

« – Tu te souviens de la fois où on est venus ici ? me demande-t-il. Quand on est allés sur ce rocher plat ? »

« Printemps 1849, dernière pleine lune. »

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Histoire :

Sur trois axes temporels nous suivons la famille McCullough. De l’enlèvement d’Eli par des Comanches en 1849 à la façon dont Jeannie a fait fructifier la fortune familiale jusqu’en 2012. Le tout avec un crochet en 1915, ou Pete vit la montée de haine envers les Mexicains.

 

Avis :

On a prophétisé que je vivrais jusqu’à cent ans et maintenant que je suis parvenu à cet âge je ne vois pas de raison d’en douter. Je ne meurs pas en chrétien bien que mon scalp soit intact et si les prairies des chasses éternelles existent, alors c’est là que je vais. Là ou droit vers le Styx.

Bon Dieu ce que c’était bien !

Ce qui est triste, c’est que plus un livre est bien, moins j’arrive à en parler.

Bon, faut avouer que je partais avec une petite réticence (due au fait que c’est pavé ce livre, je me voyais déjà y passer un long mois (oui, s’habituer au format jeunesse ça vous rend flemmard)). Au début je me suis lancée sans trop voir où on allait : trois axes temporels, okay, mais pour aller où ?

Que j’étais naïve.

L’idée c’est pas d’avoir un but ultime à notre époque, l’idée c’est juste de… de traverser tout ça. De s’en prendre plein la tronche sur trois générations, trois histoires radicalement différentes. L’idée c’est de sentir le passage du temps te souffler au visage, d’en éprouver la nostalgie, la trouille, la honte et les bienfaits.

Écologie, cercle haineux, histoire d’amour, droits des femmes, respect de l’autre, recherche d’identité, liens familiaux… Tout y est.

Sally s’est penchée par la fenêtre pour murmurer :

« Il faut que tu ailles tuer jusqu’au dernier de ces salauds. »

Je n’ai rien répondu. Ce genre de paroles se transforment vite en actes par ici.

Je crois que le plus gros point fort, c’est l’écriture. La lecture aurait de quoi être laborieuse mais pas du tout. C’est une plume légère, très accessible ; pas niaise pour autant, attention. Elle décrit avec justesse toute la dureté que peu contenir une scène (je me remets toujours pas de… non, je me tais), mais elle le fait dans un rythme si fluide que les pages s’envolent.

On ne lit plus, on traverse. Franchement, c’est scotchant.

Il y a un chapitre qui s’ouvre sur la façon dont les Comanches fabriquent leurs flèches. Ça prend deux, peut-être trois pages, ça pourrait être super chiant eh beh c’est PASSIONANT.

Noël approche alors voici une parfaite idée cadeau (à ma famille qui éventuellement lit ce post, oui, je pense à vous.) Au pire, vous le prenez pour vous, et vous le mangez durant les vacances.

Elle ratait toujours quelques chose : un cerf à queue blanche, un renard, le mouvement d’un oiseau ou d’une souris, une fleur hors saison ou un nid de serpent. Elle voyait deux fois plus loin que lui, mais se sentait aveugle en comparaison – elle ne remarquait presque rien, sinon l’herbe et le soleil.

 

« On se tue au boulot pour acheter des objets de merde qui transforment votre maison en cimetière des éléphants »

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Bon j’ai un peu honte de n’avoir pas mis ce blog à jour juste après ma lecture d’un Marie-Aude Murail. Heureusement que je suis pas payée pour ça hein…

Mais me voici !

Histoire :

Pauvres Doinel ! Ils s’aiment, mais n’ont pas le temps de se le dire. Ils ont chacun leurs angoisses, leurs soucis mais les gardent pour eux. Le père n’ose pas parler du rachat de sa boîte, la mère de sa lassitude devant les fiches de compétences de ses maternelles, la fille de son sentiment de transparence au collège et le fils de sa solitude.

Pourtant, en feuilletant un magazine, chacun d’entre eux tombe en arrêt devant la même photo. Celle d’une yourte mongole plantée dans une clairière bretonne.

 

Avis :

Démarrons sobrement par un peu de jalousie teintée d’admiration : comment faites-vous Madame Murail ? Comment faites-vous ??

Le récit a beau suivre un rythme parfait, assez rapide pour enchaîner les pages, assez lent pour passer tranquille de l’un à l’autre des membres de la famille… Chacun voit sa psychologie très creusée. C’est assez incroyable de se retrouver à ce point dans ces personnages très différents les uns des autres ! Assez admirable que l’auteur ait réussi à passer de l’un à l’autre alors que leur âge, sexe, métier et préoccupations sont tous parfaitement différents !

Ayant traversé le collège en partageant les sentiments de Charline, et travaillant avec des enfants comme la mère, je pensais ne pas trouver d’attache avec Marc Doinel. Quelle erreur j’ai fait là, et c’est aussi la force de ce livre : se prendre d’une totale empathie pour un milieu qu’on ne connait pas. Parce qu’au final, les sentiments de frustration, d’agacement et de provocation qui en découle eh bien… on les connait tous.

C’est un peu ça, l’écriture de madame Murail, c’est universel. On rit, on pleure mais, surtout, on compati. On s’émeut aussi, devant cette famille qui n’arrive pas à trouver une minute pour se dire « je t’aime » et on en vient à se demander si nous, de notre côté, on a pris aussi ce moment pour nos proches.

Papa et maman sont dans un bateau est un texte d’une grande délicatesse, aux répliques piquantes, à la tendresse certaine. A lire, absolument !