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« Papa dit que les gens qui vont mal, ils t’apprennent pleins de choses sur toi »

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Histoire :

Quand on s’appelle Sauveur Saint-Yves, devenir psy est presque une évidence. Dans son cabinet, Sauveur s’occupe de Margaux qui se scarifie, d’Ella qui fait de la phobie scolaire, de Cyrille qui se fait encore pipi dessus à neuf ans, de Gabin l’ado mal dans sa peau, des filles Augagneurs qui ne supportent pas que leur mère se soit remise en couple avec une femme…

Et quand il ne fait pas le psy, Sauveur est le papa de Lazare, et il se rend compte qu’il est parfois plus simple de s’occuper des problèmes des autres.

 

Avis :

Au premier abord, le sujet pourrait rebuter. L’histoire d’un psy et de ses patients, ça va forcément glisser dans le pathos… Eh bien, en réalité, ce premier tome fait du bien. Il colle la banane toutes les deux pages parce que malgré tout ce qui se passe et se raconte, il y a un fond très optimiste.

Marie-Aude Murail a un don pour les dialogues. Un don pour se glisser dans la peau d’un enfant, d’un ado, d’un adulte, d’une femme ou d’un homme et le/la faire vivre. J’en suis toujours béate d’admiration. Les personnages parlent avec un tel naturel qu’ils en deviennent palpable à la première description.

Mais Sauveur&Fils ce n’est pas juste les consultations, c’est aussi la vie quotidienne. La routine de Lazare, le fils, qui va à l’école et discute avec son seul mais meilleur copain, Paul. C’est la maman de Paul qui aimerait ne plus penser à son ex-mari, c’est Gabin qui cherche de l’attention avec le dédain adolescent.

Sauveur&Fils m’est apparu comme une succession de portraits plus touchants les uns que les autres (combien de fois j’ai eu le cœur serré ?), tous liés par un fil conducteur emmêlé dans le cœur de Sauveur. Ne dit-on pas que les médecins sont les plus mal soignés ?

Je le recommande chaudement pour quitter son quotidien, ou pour se rappeler qu’il est toujours possible d’aller bien, tout simplement.

« On se tue au boulot pour acheter des objets de merde qui transforment votre maison en cimetière des éléphants »

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Bon j’ai un peu honte de n’avoir pas mis ce blog à jour juste après ma lecture d’un Marie-Aude Murail. Heureusement que je suis pas payée pour ça hein…

Mais me voici !

Histoire :

Pauvres Doinel ! Ils s’aiment, mais n’ont pas le temps de se le dire. Ils ont chacun leurs angoisses, leurs soucis mais les gardent pour eux. Le père n’ose pas parler du rachat de sa boîte, la mère de sa lassitude devant les fiches de compétences de ses maternelles, la fille de son sentiment de transparence au collège et le fils de sa solitude.

Pourtant, en feuilletant un magazine, chacun d’entre eux tombe en arrêt devant la même photo. Celle d’une yourte mongole plantée dans une clairière bretonne.

 

Avis :

Démarrons sobrement par un peu de jalousie teintée d’admiration : comment faites-vous Madame Murail ? Comment faites-vous ??

Le récit a beau suivre un rythme parfait, assez rapide pour enchaîner les pages, assez lent pour passer tranquille de l’un à l’autre des membres de la famille… Chacun voit sa psychologie très creusée. C’est assez incroyable de se retrouver à ce point dans ces personnages très différents les uns des autres ! Assez admirable que l’auteur ait réussi à passer de l’un à l’autre alors que leur âge, sexe, métier et préoccupations sont tous parfaitement différents !

Ayant traversé le collège en partageant les sentiments de Charline, et travaillant avec des enfants comme la mère, je pensais ne pas trouver d’attache avec Marc Doinel. Quelle erreur j’ai fait là, et c’est aussi la force de ce livre : se prendre d’une totale empathie pour un milieu qu’on ne connait pas. Parce qu’au final, les sentiments de frustration, d’agacement et de provocation qui en découle eh bien… on les connait tous.

C’est un peu ça, l’écriture de madame Murail, c’est universel. On rit, on pleure mais, surtout, on compati. On s’émeut aussi, devant cette famille qui n’arrive pas à trouver une minute pour se dire « je t’aime » et on en vient à se demander si nous, de notre côté, on a pris aussi ce moment pour nos proches.

Papa et maman sont dans un bateau est un texte d’une grande délicatesse, aux répliques piquantes, à la tendresse certaine. A lire, absolument !

« L’alexandrin c’est quatorze pieds, les douze du vers et les deux sur lesquels tu te tiens. »

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Histoire :

Bastien, Neville et Chloé ont traversé le collège ensemble. Ils ne s’aimaient pas franchement mais ils ont partagé la même émotion durant une représentation de théâtre. Ils se retrouvent quatre ans plus tard au Conservatoire. Eux qui sont si différents vont se rapprocher sensiblement, se raccrocher les uns aux autres, unis par leur amour du théâtre.

 

Avis :

Je n’avais lu qu’un seul Marie-Aude Murail jusque là, « Oh boy ! » qui est une petite merveille. Je l’avais dévoré les larmes aux yeux et un sourire débile sur le visage. Et beh hop ! Rebelote ! « 3000 façons de dire je t’aime » est de la même qualité. La plume de Mme Murail met à nu les émotions de ses personnages, les dévoile crûment, les laisse tout désemparé face aux épreuves… Et c’est un petit bonheur de lecture.

Nos trois héros sont issus de milieu familiaux très différents, et là où le cliché tend les bras (même pas par manque de qualité, mais par simplicité scénaristique) Mme Murail le contourne légèrement, puis totalement. Le plus pauvre ne sera pas le héros au grand cœur, la plus riche ne sera pas issue d’une famille pédante jusqu’au bout des ongles… Ils ont tous leurs défauts mais surtout leurs qualités. Il n’est pas question ici de critiquer telle ou telle façon de vivre… Il s’agit seulement de vivre.

Guidés par un prof de théâtre impitoyable, Chloé, Bastien et Neville se découvrent au travers des extraits qu’ils interprètent. Ils me paraissaient bien jeunes au début du roman, je me disais qu’ils ne faisaient pas vraiment leurs 18 ans, mais c’est en réalité pour mieux marquer leurs changements. Ils étaient effectivement jeunes, en fin de compte. Bloqués dans leur évolution, et c’est la présence des deux autres qui va les révéler. Sur les planches, d’abord, dans la vraie vie ensuite.

Adorable fable sur la recherche de soi, sur l’amour, l’amitié, la fine limite entre les deux dont pourtant aucun ne rougira. La candeur des personnages porte de beaux messages. La brièveté des actions ne leur enlève aucune force. La plume de Mme Murail est directe, perce directement le cœur sans s’encombrer.

Et quand un si beau texte est traversé d’extraits de pièces, quand des personnages si doux pleurent en découvrant la poésie, ça donne juste envie de se replonger dans toutes ses pièces favorites (ce que j’ai fait <3)